18 fév 2013

"Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme" - Interview de Samuel Bernier

Depuis quelques semaines, le FabShop a pris ses quartiers et installé ses imprimantes 3D chez nous. Samuel Bernier en est le directeur artistique mais il est surtout un jeune designer qui intéresse déjà beaucoup de monde… Interview.
  • Samuel, raconte-nous ton parcours...

J’ai grandi dans une ferme située à 1h au sud de Montréal. Quand j’ai eu 17 ans,  j’ai déménagé en ville pour faire des études en design industriel. Pendant ces 7 années à me former, j’ai aussi voyagé au Mali pour un projet agricole de 3 mois pour une ONG.

En 2010, lors de ma 3e année d’université, j’ai été sélectionné pour un échange à ENSCI les Ateliers, une école française réputée pour être une des meilleures écoles de design au monde.

Je suis retourné à Montréal en 2011 pour terminer mon diplôme. Pendant cette dernière année scolaire, j’ai été invité à travailler à San Francisco comme artiste en résidence pour Instructables. Le géant du D0-It-Yourself. C’est là que j’ai créé en grande partie le Projet RE_, qui m’a permis d’être remarqué dans les médias. Depuis, j’ai participé à beaucoup d’expositions et d’émissions télé autour de ma passion pour l’impression 3D. C’est pendant une foire de Maker (Maker Faire) où je représentais Instructables, que j’ai rencontré Bertier Luyt. Il avait une idée en tête, celle d’apporter les ateliers de fabrication digitale en France sous un concept de FabShop. L’idée m’a plu.

  • A ton avis, d’où vient cet engouement pour les imprimantes 3D ?

Les imprimantes 3D existent depuis plus de 20 ans. Je crois que c’est l’arrivée sur le marché de versions abordables qui créé tout ce buzz. Les gens voient dans cette technologie les films de science-fiction de leur enfance, mais beaucoup se demandent ce qu’ils peuvent bien en faire.

La réponse… c’est à peu près n’importe quoi. Le seul problème c’est que beaucoup de gens, sans s’en rendre compte, mettent des barrières à leur imagination. Beaucoup ont oublié comment créer et le plaisir unique que cela procure.

  • Que penses-tu qu'ICI Montreuil pourrait apporter à tes projets, voir au FabShop ?

Je suis toujours intéressé de voir l’application que certaines personnes comptent faire de l’impression 3D. J’ai entendu des idées assez drôles depuis que je suis au FabShop. De côtoyer des artistes, des bijoutiers, des chefs cuisiniers et des artisans risque de donner un mélange intéressant.

  • Comment vois-tu l'avenir du FabShop ?

S’il tire bien son épingle du jeu, Le FabShop pourrait devenir la référence en fabrication digitale de bureau, tout en offrant aux membres des lieux propices (Les FabClubs) pour expérimenter avec la matière. D’ici 10 ans, j’espère que le FabShop se sera étendu dans plusieurs grandes villes d’Europe.

  • Explique-moi en quelques mots ton projet “Project RE“ ?

Le projet RE_ se résumerait ainsi : utiliser les technologies de fabrication digitale dans le but de prolonger la vie utile de nos objets en leur offrant des «Upgrades» ou encore en leur offrant une fonction détournée.

Je continue ce projet de différentes manières. J’ai fait une collection spéciale pour les bouteilles d’eau de Lac de l’Essonne en octobre, je viens de terminer un projet avec Nod-A pour la marque d’outils Dexter et je continue aujourd’hui avec des classiques de chez IKEA. J’ai aussi participé à des projets dans la même lignée comme le weekend Lounge Share de l’ENSCI qui consistait à créer du mobilier à partir de déchets ou encore à Make-It-Up, projet de déchets connectés à Internet.

J’ai dans les tiroirs un projet avec les industries de Mozinor en collaboration avec Wiithaa. Je considère tous ces projets comme les héritiers de Projet RE_. Ce projet est plus une idéologie sur la vie des objets qu’un réel projet que l’on termine, signe et met dans son portfolio.

  • Tu penses que l’Upcycling est une sorte de réponse à la crise ?  Ou cela en quelque sorte toujours existé ?

L’upcycling est là depuis la nuit des temps. C’est seulement la façon «trendy» de l’appeler en ce moment. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les Grecs utilisaient les vieilles urnes à boisson comme urinoirs murales. C’est pour dire qu’on a rien inventé. Il y a en effet un retour en popularité depuis le début de la crise. Est-ce une coïncidence? Je n’en ai strictement aucune idée.

Cependant, j’ai l’impression qu’avec tous nos objets qui se dématérialisent pour rentrer dans la petite boite noire que l’on traine au fond de nos poches, les gens retrouvent le besoin de fabriquer. Comme les matières premières sont extrêmement chères (il coûte souvent plus cher d’acheter le tissu pour un vêtement qu’en acheter un neuf au magasin) on se tourne vers ce qui est déjà à porter de main, qui est abondant et ne coûte presque rien : nos déchets. Il y a même des magasins, comme IKEA, qui vendent moins cher leurs meubles que le coût de la matière nécessaire pour les fabriquer. Un vrai bricoleur ne fera pas le calcul deux fois.

  • Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Je suis un fan d’Achille Castiglioni. Il a élevé le upcycling au niveau du design iconique dans les années 50. J’ai d’ailleurs nommé l’un de mes derniers projets d’après lui

J’ai aussi beaucoup d’admiration pour les frères Freitag pour avoir réussi à transformer de vieilles bâches de camion en une collection d’objets de renommée internationale. Comme quoi, l'Upcycling peut être payant si il est effectué avec un peu de bon goût et de sens du business.

Je fais un projet avec eux cet été et j'ai hâte !

 

Pour regarder et suivre en détails les réalisations de samuel, rendez-vous sur son portfolio http://www.samuelbernier.com/

A lire dans WIRED 

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Le FabShop c’est quoi ?

Les imprimantes 3D du Fabshop sont arrivées depuis quelques semaines ! Nous sommes fiers et très heureux que Bertier Luyt et son équipe, dont Samuel Bernier, ont décidé d'intégrer notre Maker Space.

Créée fin 2011, le FabShop est une start-up Bretonne installée près de Saint-Malo. Il propose un service de modélisation 3D et de fabrication digitale pour les professionnels mais aussi une boutique en ligne où vous pourrez commander des MakerBots. Lauréat du concours de création d'entreprise innovante Saint-Malo 2015, le FabShop est accompagné par Rennes Atalante.

Bertier Luyt, fondateur du Fabshop est membre de l'Open Source Hardware Association.

Le site officiel : http://www.lefabshop.fr